Jair Bolsonaro et Donald Trump, la médiocrité néofasciste adaptée à son époque

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Personnage excentrique, militaire raté, être humain médiocre, la personnalité de Bolsonaro incarne une nouvelle forme de fascisme, dépourvue de la mobilisation de masse, de l’esprit guerrier et des rêves de conquêtes des précédents allemands et italiens.

Le « Bolsonarisme », bien loin d’un revanchardisme militaire,  est au contraire parfaitement adapté aux petites passions tristes d’un peuple postmoderne de consommateur mesquin,  replié dans les aspirations médiocres proposées par le mode de vie capitaliste.

 

Qui est Bolsonaro ?  Un simple caporal renvoyé de l’armée après avoir piégé les toilettes communes avec une bombe artificielle.

Quelles sont ses idées politiques ? Nous savons que celui qui prétend “ne rien connaître en économie”, partageait dans une intervention il y a vingt ans son admiration pour le président vénézuélien Hugo Chavez et les valeurs du communisme, avant de faire à présent la chasse à tous ceux qui ressemble de près ou de loin tu as une idée de gauche.  Le président du Brésil apparaît ainsi comme un être instable, inconstant et pour le moins déconcertant, dans la mesure où ses positions évoluent au gré de ses intérêts personnels et de sa visibilité médiatique. Il est, en somme, un personnage tragiquement de son époque, dont il incarne, à l’instar de ses prédécesseurs Hitler et Mussolini, les frustrations, la haine et les espoirs déchus, mais aussi l’aspiration ultime à devenir une star de télévision.

 

Mais le fascisme originel, celui qui exista au 20e siècle en Allemagne et en Italie, s’accomplit dans l’exacerbation et la négation extrême des valeurs démocratiques: il fut indéniablement le fait de l’homme masse, l’être démocratique par excellence décrit par Tocqueville, individualiste dans son isolement, la faiblesse de ces rapports sociaux, désaxé est entièrement livré à lui-même.

 

Ce type de personnalité, rongé par la déception et ses frustrations narcissiques,  est omniprésent à notre époque, et peut être plus qu’elle ne le fût hier. Ce qui laisse penser beaucoup que les masses se mettraient de nouveau à désirer un pouvoir absolu, afin de sortir de leur déchéance morale et intellectuelle. Mais peut on réellement penser que Jair Bolsonaro, Donald Trump et les populismes droitiers outranciers de leur acabit incarnent une nouvelle forme d’Etat ou de parti moloch, ou d’un néo messianisme qui caractérisa les régimes fascistes.

 

 

 

Heureusement, si nous pourrions le dire, plusieurs caractéristiques de notre société contemporaine permettent de mettre en échec cette hypothèse inquiétante:  il n’y aura de retour à la toute-puissance de l’État, dans la mesure où le niveau de déstructuration des rapports sociaux et de narcissisme, qui se manifeste en une véritable liquéfaction de la société, semble incompatible avec le désir de cohésion, d’intégration verticale fort et de vérité moniste et rassurante qui animait jadis les masses séduite par le fascisme.

 

Qui peut-on encore croire, alors où le libéralisme est hégémonique, qu’un gouvernement acquiert une légitimité et une puissance suffisante pour mettre en coupe réglée l’ensemble de la société et des comportements humains, quand celui ci n’est même pas capable de faire respecter des mesures de santé publique contre le pire épidémie depuis un siècle. La crainte d’un retour au totalitarisme fait frémir les esprits chagrins et mondain, mais elle nous empêche d’analyser rationnellement l’originalité de notre époque: c’est bien davantage l’affaissement complet de l’État, sous l’effet de la dislocation de la société qui le supporte, dont toutes les composantes s’échappent dans le repli sur soi individualiste.

 

La  société est donc trop molle pour construire une organisation aussi rationnelle et solide qu’un Etat ou un parti de masse totalitaire. Cela ne veut pour autant pas dire que le fascisme appartient à une autre époque : les racines pour sa renaissance s’alimentent  du terreau fertile  des frustrés de toutes les classes de l’économie libérale.

 

Jair Bolsonaro et Donald Trump, dont les électorats sont remarquablement transclassistes, incarnent une recherche de sécurité dans une société qui s’accroche un mode de vie qui la contraint à vivre dans l’instabilité permanente.

Les deux hommes s’adressent, à l’instar des fascismes, aux passions les plus basses et les plus haineuses, sans pour autant prendre un pli totalitaire incompatible avec le degré d’individualisme de notre société.

 

Le fascisme fait une répétition du césarisme du 20e siècle en tragédie, alors que les populismes droitier en sont seulement la farce: l’un acteur de téléréalité, l’autre polémiste illuminé des réseaux sociaux sont admirés pour ce qu’ils sont ; des stars postmodernes, pur produit de la société du spectacle qui font presque office dans le renversement du monde, de repères rassurant.

La démocratie libérale n’est donc pas en danger, à peine l’état de droit subira-t-il quelques entorse un dessin d’un populisme pénale grossier qui permettra nouveau leader de cultiver une image de justicier de série télévisée policières ou de vidéos sur Facebook. La présence généralisée de ces individus au pouvoir, dans les pays occidentaux, achèvera de fragiliser leur société et leur institution, leur permettant le niveau de développement et de cohésion des pays tropicaux. Le capitalisme contemporain, dont le pli barbare étend un système de prédation de type colonial sur tout le globe, trouvera, en ces nouveaux leaders, les représentant de potentats à la sauce orientale en quoi il entend convertir les vieux états nations.

 

Ainsi, nul ne peut désormais douter que des politiques de gauche, basée sur la démocratisation de la société de consommation et la construction d’un néolibéralisme à visage humain ne peut déboucher à long terme que sur un approfondissement de la mentalité capitaliste, qui, au moment des crises, exigera aux dirigeants de se plier à la médiocrité et aux frustrations d’une société perturbée pour le bonheur des oligarques de ce monde.

 

Pour se défaire de ces personnages misérables, la gauche doit déraciner le capitalisme du cerveau même des êtres humains, en proposant dans une perspective éco-socialiste une société à l’imaginaire résolument différent, révolutionnaire, fondé sur les aspirations du socialisme ouvrier traditionnel: décroissance, participation délimitation de l’emprise de la technique sur nos vies.

 

Docteur Ric